Pendant que mon blog emploi se reposait tranquillement, je moissonnais. Mais la détente est finie. En 2009, je vais déposer ma faux pour reprendre le chemin de la recherche d'emploi. J'en suis presqu'excitée. Après tout, j'avais signé pour un remplacement congé maternité, et tout ce que j'espérais était quelques mois d'une expérience enrichissante, qui serait un tremplin vers un emploi qui me correspond plus dans l'entreprise de mes rêves. Celle actuelle a le mérite de ne pas être le monde des bisounours, donc pas de souci, vous êtes ramené sur terre à chaque fois que vous posez les yeux sur les textes des emailings, des dépliants, des mailings, des flyers... Ce n'est pas le triste constat mûri d'une expérience décevante que je fais là. Et je vais vous le démontrer. Comment communiquer sur l'incommunicable?
Repartons ensemble de là où je suis partie (si ça ne vous dérange pas). Pour moi, si point d'humanitaire ni de commerce équitable, point de salut. Au fur et à mesure de mes expériences, j'ai réalisé que ce qui me faisait avant tout vibrer c'était la communication. Tout azimut, toute antenne en mode radar, tout corps et âme, bref possédée, me voilà faisant des choix qui font s'écarquiller les yeux de mes proches. Dans un contexte difficile, dans une branche difficile, j'ai fait le choix de faire de la communication whatever the product. C'est ainsi que je me suis retrouvée faisant un virage à 180° et atterrissant, il y a un peu plus d'un an, dans une entreprise vendant des produits de crédit. Pas du micro-crédit, non. Pas l'once d'une oeuvre de charité. Certes je considère le crédit comme un moteur de l'économie, mais là s'arrête l'enthousiasme. En juillet, après un bref passage par la case chômage, je retournais dans l'entreprise, laissant ainsi les voitures au garage, et bonjour le compte revolving ou réserve d'argent à crédit ou le petit crédit qui vous coûte un bras. Le contexte est donc assez simple, rapport à mes valeurs, je suis à la place de la méchante communicante, rapport à la communicabilité du produit, c'est du gratin (mmm les bonnes mentions légales, les répétitions, la terrifique charte... j'en passe et des meilleurs). Pourtant, ce ne fût, étonnament, pas si terrible que ça. Et c'est là où évidemment ça devient intéressant. Je peux dire que j'ai fait le bon choix, que la communication, ce n'est pas seulement une affaire de produit, c'est avant tout un métier en soi (et en lui) même qui plaît pour X et X raisons. Mais on ne s'ôte pas l'épine du pied pour autant. Ma façon d'appréhender les choses dans cette expérience vaut ce qu'elle vaut, elle est sûrement criticable, mais elle fût salvatrice.
J'ai pris mon métier avec une distance que ma conscience m'imposait et avec une vision client, que mes valeurs exigeaient. Communiquer sur un produit anxiogène pour le public, un produit controversé, un produit complexe, amène à un exercice d'exigence qui équivaut à communiquer sur un produit 'engageant' de fait. Ou même qui dépasse l'équivalence, l'incommunicable compte revolving ne se résume pas d'une image, ni d'un mot. Et il serait dangereux de le réduire ainsi. Communiquer en toute simplicité et intégrité sur la réserve reviendrait à se tirer une balle dans le pied. C'est un produit dont les contraintes dépassent les bénéfices, en tout cas pour la majorité des utilisateurs. Il suffirait donc de s'étendre sur les avantages et de balayer d'un revers les innombrables contraintes et retords liés à la complexité... Ce serait sans compter la loi et le pointage du doigt par la société de ce produit dit dangereux qui attendent de la communication une responsabilité de transparence. Un exemple concret mais modifié par respect de confidentialité: "l'augmentation de votre réserve apporte un vrai plus à votre budget à condition de maîtriser le fonctionnement de votre réserve et de l'utiliser de manière responsable." Dans cette démarche entreprise vers une plus grande transparence dans la communication, le ton se veut moins pushy. La réserve d'argent n'est plus présentée comme une source naturelle d'argent qui coulerait et dont il suffirait de remplir sa gourde. Elle ne s'applique plus à tous les projets (essayez donc de construire votre maison en utilisant uniquement l'argent d'une réserve d'argent à crédit), à tous les coups de coeur qui peuvent arriver pendant les soldes, mais à des cas plus proches du quotidien (pas trop quand même pour ne pas être trop sectorisant, surtout ne pas stopper le bonhomme qui au lieu de ne faire que combler son découvert bancaire avec sa réserve, souhaite acheter des meubles chez le suédois)... Cette pauvre phrase s'est bien entendu faite explosée au vol lors de la validation interne, jugée surréaliste au niveau commercial. Bref on s'amuse bien pour formuler un message à vocation commerciale qui en dise suffisamment sans dire l'essentiel (le message de mise en garde serait il plus anxiogène que des indemnités de retard handicappantes?). Dans ce contexte (et dans bien d'autres, je suppose), formuler un mailing de manière compréhensible, logique et attractive nécessite une compétence à 360 (tous les acteurs doivent être réconciliés dans une seule phrase parfois) et dépend plus que jamais de la connaissance et de la maîtrise qu'on a du produit et de la cible à qui il est adressé (soit, les limites et le ton).
La clé du bonheur au travail est de trouver dans chaque journée et à plus long terme, si possible, un moyen d'avancer, une satisfaction du travail bien fait. Mon expérience m'a montré que d'une certaine façon, le plaisir de communiquer vient aussi du challenge de trouver un juste milieu entre ce que l'on (soi-même) attend de soi, ce que l'entreprise attend et ce que les consommateurs attendent. Bref tout le monde attend de vous, et espérons que vous, bien plus que les autres. De là découle la facilité à communiquer sur l'incommunicable.
Et vous, communicants ou gens d'avis, que pensez vous de la communication appliquée à l'incommunicable (et particulièrement le crédit)?
Belle soirée, et puisque je ne m'en suis pas donné l'occasion jusque là, une belle année.

Après ce petit moment de détente rédactionnel, je retourne à ma recherche d'emploi, ou peut être devrai je dire la recherche de mon emploi. Quelle question, n'est ce pas? 